Christian Dilmi, interview de Christophe Faligon, Yanoo Run Communauté

Comment s’est déroulé le 177km du Grand Raid Golfe l’an passé ?

Sur la ligne de départ  je suis détendu, je suis là pour vivre une belle aventure autour de l’une des plus belles baie du monde, bien sûr si possible en moins de vingt heures et  pourquoi pas dans les cinq premiers… Après deux belles chutes, la nuit se passe plutôt bien, j’ai appris à éviter les racines !!!… Au petit matin la fatigue est bien présente, au fil des heures la chaleur aussi est bien présente, les jambes sont lourdes, j’ai  l’impression  de ne plus avancer. Et là on m’annonce que je suis premier… La tête prend les commandes, elle fait taire les douleurs, la fatigue.

Le dernier kilomètre restera inoubliable, je suis porté par le public,

porté par tous les coureurs du raid qui sont là pour le départ du 86 km.

Jamais depuis quinze ans de course à pieds, je n’ai vécu un tel moment d’euphorie, d’émotion, de bonheur en franchissant l’arrivée.

Une course maitrisée ?

Oui, je pars à mon rythme, comme  d’habitude. Je reprends les places une à une, vers le 70e kilomètre je suis deuxième. Dans le bateau je sais que j’ai plus de 20’ de retard sur le premier. Je continue sur le même rythme, rien n’est joué, la route est encore longue. Quand j’apprends que je suis premier, je décide de gérer mon avance. Je me trompe de chemin à deux reprises, je perds du temps le stress monte… Ma montre est déchargée je ne sais plus ou en sont mes temps, alors j’avance… Je prends les infos au ravito et je fini mon raid comme çà…

Que penses-tu du parcours ?

Très beau parcours, beaucoup de relances, du sable, des escaliers, du bitume, pas facile… Mais une vue magnifique…

As-tu été surpris par le parcours ?

Non pas vraiment, je m’attendais a quelque chose dans ce style. Les chemins côtiers en Bretagne ne sont pas forcément faciles, et pour avoir participé au 24H de Séné en avril, j’ai pu à cette occasion découvrir le golfe.

Cette année tu reviens ? Tu changes quoi dans ta prépa ?

Oui, je reviens cette année… Pour voir si je peu améliorer mon temps. Je ne change rien à ma prépa, je m’entraîne toute l’année pour du long.

Tu conseilles quoi a des coureurs qui viennent le faire pour la première fois ?

Surtout ne pas sous estimer le parcours, bien préparer son matériel, des chaussures adéquates, les racines sont nombreuses. Partir cool le chemin est long, le but pour tous, doit être de finir et prendre du plaisir. Ne pas oublier qu’au moment ou les jambes ne veulent plus, c’est la tête qui prend le relais…

Sinon cette année tu fais quoi comme courses ? Et après ton raid en 2011, tu as fais quoi ?

Après le raid de 2011, j’ai participé au championnat de France des 100km à Theillay en Sologne fin août. Je fini en  7h44’ et on décroche pour la 3e année de suite le titre de champion de France par équipe. Fin septembre je suis sur la ligne de départ pour les 100km de Millau, mais je ne franchirai pas la ligne d’arrivée… La chaleur a eu raison de beaucoup de monde ce jour là. Début octobre, j’ai bien récupéré je fini  premier sur le trail des trois Garennes (33km). Puis de nouveau a Vannes entre amis pour le marathon. Pour finir l’année le championnat de France marathon en novembre à Nice en 2h45’.

Cette année je commence avec le championnat de France des 100km à Belves le 14 avril, sans objectif vraiment car je me remets de blessure aux adducteurs. Si tout va bien j’envisage les 24H de Brive en mai. Le marathon de Caen en juin en famille. Le grand raid fin juin, et une nouvelle aventure en août avec l’UTMB, et après… on verra !!

Peux-tu nous donner quelques exemples d’entrainements typiques grand fond?

Sur une semaine d’entraînement :

Lundi: 1H 1H15’ de footing                                                                                                                                                   Mardi: VMA le soir ( ex: 10 à 15 x 400) + 1H le midi                                                                                                                      Mercredi : 1H 15’ à 1H30’                                                                                                                                Jeudi :  Travail au seuil  le soir( ex : 10x 1000) allure semi ou 10kms + 1H le midi                                                          Vendredi : 1H15’ à 1H30’                                                                                                                              Samedi : Travail au seuil ( ex : 3x 5000) allure marathon                                                                        Dimanche : Sortie longue, entre 2 et 3 heures 

Je cours tous les jours, ça représente environ 150 à 180 km par semaine, selon les périodes.                                                                                            

 

Interview de Guillaume Vimeney, favori du Grand Raid par Christophe Faligon, Yanoo Run Communauté

– Comment s'est déroulé le 177 km du Grand Raid l'an passé malgré ton abandon?

Excellemment… Le GRM est une course magnifique et j’ai hâte d’arpenter à nouveau les chemins bordant le Golfe du Morbihan. Durant mes dix heures de course, j’ai pris beaucoup de plaisir. Près d’un an après, j’ai encore plein d’images et de souvenirs en tête. L’ambiance, le parcours, les bénévoles, tout était parfait. Malheureusement, l’an passé, mon aventure s’est arrêtée prématurément au 120e km. Je regrette vivement de ne pas être allé au bout. C’est pour cela que je vais revenir, plus motivé que jamais, en juin prochain.

En 2011, après la traversée en bateau, un peu avant le 100e km, mon estomac s’est retourné et je ne pouvais plus m’alimenter. J’ai pris un départ rapide, qui a très certainement fragilisé mon organisme. J’ai tiré beaucoup d’enseignements de cet échec. Je sais qu’il faut que je sois plus attentif à certains signaux, et ne plus me laisser envahir par mes émotions. Ceci dit, je ne conserve que les bons moments de cette aventure. Cela a été une très belle expérience !

 

– Une course maitrisée partiellement donc ?

Très partiellement, je dirais. L’année dernière, j’étais revanchard et plein de fougue au départ. Je n’avais peur de rien, même pas de courir les 177km seul loin devant. Les choses ont changé. Je me suis apaisé. J’ai pris conscience qu’il fallait user de plus de sagesse, laisser de côté mon empressement et mon trop grand enthousiasme. Il faudra que je sois davantage patient, prudent et mesuré. L’année dernière, il m’a cruellement manqué d’expérience sur ce type d’épreuve. J’espère que fin juin, je ferai une course intelligente, où je resterai maître de moi-même et respecterai mon plan de course

– Que penses-tu du parcours ?

Le parcours du GRM me paraît finalement assez insidieux. Le parcours est plat, mais comporte des montées ici et là, qui au final font mal. Il ne faut pas se faire prendre au piège et respecter son allure. A côté de çà, on prend beaucoup de plaisir à courir autour du Golfe. Il faut simplement veiller à ne pas aller au-delà de son rythme pour profiter au maximum de chaque instant et de chaque paysage. C’est un parcours qui conviendra parfaitement aux circadiens.

 
– As tu été surpris par le parcours ?

L’année dernière, j’avançais dans l’inconnu. Je découvrais le parcours au fil des kilomètres. J’ai quand même été un peu surpris par le caractère sauvage de certains chemins côtiers. J’ai également été étonné par l’engouement autour de la course et les encouragements reçus par les spectateurs. Ce sont de beaux souvenirs. Le départ me renvoie aussi de belles images, avec des tas de spectateurs sur les premiers kilomètres.


 

– Cette année,  tu reviens, tu changes quoi dans ta prépa ?

Beaucoup de choses ont changé dans ma préparation. En 2011, j’avais programmé deux grands objectifs au mois de juin : la Trans Aq’ et le Grand Raid du Morbihan. La Trans Aq’ (230km en 6 étapes) nécessite d’avoir une bonne vitesse de base, car les étapes sont plus ou moins longues (de 30 à 60km). L’an passé, je me rendais sur la piste pour travailler la vitesse et la VMA au moins trois fois par semaine. Pour préparer le GRM, c’est trop. Aujourd’hui, je m’interdis d’aller sur la piste plus d’une fois par semaine. Je privilégie le volume et les kilomètres à la vitesse. Cependant, j’ai conservé une excellente VMA, même si je la travaille moins depuis quelques mois.

 
– Tu conseilles quoi à des coureurs qui vont le faire pour la première fois ?

Je leur conseillerai très modestement de partir avec un plan de course, composé d’une vitesse de base à respecter qui aura été travaillé à l’entraînement, et de s’y tenir le plus longtemps possible. L’enjeu réside dans la spécification de cette vitesse. Elle ne doit surtout pas être trop élevée. Il ne faut pas oublier que l’on part pour 177km. Durant ce périple, on connaît tous des hauts et des bas. Pour optimiser sa performance, il faut savoir être maître de ses émotions. Ne pas s’enflammer et accélérer quand on se sent bien, et inversement, ne pas baisser les bras quand on est dans le dur. Il faut trouver un équilibre émotionnel qui n’est pas toujours aisée à maintenir, compte tenu de l’imprévisibilité des évènements de course.

 

– Sinon cette année tu fais quoi comme course ?

J’ai commencé ma saison relativement tardivement. J’ai repris la compétition au mois de mars, où je viens d’enchaîner quatre week-ends consécutifs de courses. J’ai fini 2e au Trail de l’Etoile Filante (10.8km), 2e aux 6 heures de Buc (avec 82km, derrière Jean-Jacques Moros), 4e au Trail du Marensin (45km) et enfin 1er au Trail du Josas (35km). La succession de compétitions a été enrichissante et m’a donné confiance pour mes prochains défis. Je me sens plus aguerri que l’année dernière à la même époque. J’ai notamment bien plus d’expériences, et sur de l’ultra, c’est une donnée fondamentale qui fait souvent la différence. A la fin du mois d’avril, je serai présent sur la Bretagne Ultra-Trail (115km) qui m’a paru la meilleure course pour préparer le GRM. En mai et juin, on me verra sur les Foulées Cernaysiennes, le trail des Carrières, le Trail du Castor Fou, ainsi que la Maxi-Race d’Annecy. Le Grand Raid du Morbihan constituera l’objectif de ma première partie de saison.

Cet été, j’espère réaliser un gros travail de volume en perspective des championnats de France de 24h de Vierzon. Entre temps, je prendrai le départ de la TDS. Enfin, je finirai cette saison avec la Diagonale des Fous, où mon but sera simplement de profiter de mes compagnons, de l’ambiance et des paysages.

– Peux-tu nous donner quelques exemples d'entrainements typique grand fond …

Je ne suis pas un grand amateur des sorties longues de 5 ou 6h. A l’entraînement, je cours rarement au-delà de 4h. Généralement, je m’appuie sur des compétitions longues distances pour me préparer pour les objectifs majeurs. Par exemple, ma première partie de saison est construite pour que je sois au top de ma forme fin juin, pour le Grand Raid du Morbihan. A ce titre, je vais enchaîner des courses (6h de Buc, Marathon de Paris, Bretagne Ultra-Trail, Maxi-Race d’Annecy…) qui vont m’y préparer.

Pour autant, quand je n’ai pas de compétitions programmées, le week-end, je réalise des entraînements en endurance (12km/h). Je pars à 8h du matin, le plus souvent à jeun. J’emporte dans mon sac Skin eau, bananes et barres énergétiques. Je reviens chez moi aux alentours de midi. Plus tard dans la journée, j’essaie de faire une séance de vélo tranquille (1h30). Le but est de conserver une allure constante, régulière, et d’arriver au bout des quatre heures, sans difficultés, sans tiraillements, sans douleurs.

interview de Jean Jacques Moros favori 177 km, par Christophe Faligon, Yanoo run communauté

– victoire sur la Transegaule 2011, l'Ultra Trace de St JAcques de Compostelle 2011 2012, Marathon de Cheverny 2012
 

Je suis déjà venu en 2005, la première édition je crois, avec ma mère qui ne connaissais pas du tout ce genre de course. Elle a fini, c'est Patrice Kervevan qui gagne je crois, une très belle première en tout cas, avec les petits couacs normaux qui vont avec, mais grosses conséquences.

J'ai stoppé au 110-120eme je crois, j’étais cuit; il faut dire que j'avais fait la Nove Colli 2 semaines avant et je n'avais pas récupéré malgré mon bon résultat. J'avais pris la course un peu à la légère, dont la physionomie était différente de maintenant (départ le matin, d'un autre endroit que vannes). Je m’étais dit que faire 202km en Romagne et 170km en Bretagne serait plus simple, grosse erreur, payée comptant. Mais tant mieux cela te remet les idées en place et t'apprends à rester humble et à réfléchir (j’espère!!!)

Par contre les Km que j'ai fait m'ont vraiment plus car c'est typique du golfe, des paysages et des coups d’oeil que l'on ne trouve qu'ici. L'ambiance aussi et le fait d'avoir moins de ravitos ou tu dois te gérer seul plus que d'habitude.

Le fait de partir presque à la nuit tombée va m'obliger à partir doucement, comme je n'ai pas trop l'habitude du Trail il va falloir que je lève les pieds en plus sinon je vais me retrouver par terre assez vite! Une fois la nuit passée je verrai bien ce qu'il reste dans le bonhomme, je m'adapterai. Il le faudra bien de toute façon. Mais essayer de faire une course régulière me plairait bien, et ne pas finir trop fatigué non plus, pouvoir profiter de l’arrivée et de la suite, c'est à dire voir les copains et copines arriver, discuter…

Au niveau entrainement je reste sur mes acquis, pas la peine d'en rajouter, peut-être une ou deux sorties "tous chemins" mais c'est tout. J'aurai déjà pas mal couru depuis le début d’année, sur différents formats de courses en plus, du 15km au marathon, course à étapes sur chemins, ultra route et course horaire…

Guillaume Vimeney, on s'est rencontrés aux 6h de Buc mais je ne le connaissais pas, venant du Trail principalement. Je ne regarde pas trop les résultats des courses encore moins les magazines de courses à pied. Mais on a eu le temps de discuter (un peu!) et j'ai beaucoup aimé son contact, on voit tout de suite que c'est un "teigneux" et qu'il vient pas pour rester au fond de la classe; mais c'est très bien, il faut plusieurs profils de coureurs dans ce genre de discipline, c'est ce qui fait sa richesse. Christian Dilmi, je le connais depuis plus longtemps, on a fait qq courses ensemble déjà, c'est un monstre de volonté (voire des fois d'inconscience tellement il va loin). Tous les deux sont très impressionnants par leur volonté et, oui ils sont costauds; mais de là à dire adversaires je ne sais pas, je n'ai pas trop cette vision de la course; je préférerai compagnons de route d'un jour.

 

Interview D’Erik Clavery, champion du monde de Trail,
par Christophe Faligon de YANOO Run Communauté

Comment vas-tu depuis l'écoTrail ? As-tu bien récupéré ?

Et bien depuis l'EcoTrail, j'ai pris une semaine de repos complet avant de
repartir pour un cycle d'entraînement. Maintenant, la page est tournée et je
regarde vers mes nouveaux objectifs.
Effectivement, c'est un grand plaisir de débuter la saison en remportant son
premier gros objectif, mais la saison ne s'arrête pas là. Il faut continuer
à travailler !

Que feras tu avant le 56 km du Raid ? Quelques courses ?

Avant le Trail 56km du Morbihan, je vais participer à la TransVulcania aux
Canaries, pour commencer à accumuler du dénivelé en vue de mes prochains
objectifs, que sont notamment la CCC et le Grand Raid de la Réunion.
J'axe effectivement ma préparation principalement sur le dénivelé. Le
Morbihan sera juste la petite entorse, car je souhaitais courir à proximité
de la maison (Nantes), mais malgré tout avoir une course de bon niveau pour
me tester.

Quel est l'objectif pour toi sur le 56 km, faire un chrono ou placer une
sortie longue ?

Pour le Trail du Morbihan, les objectifs sont multiples. Tout d'abord faire
du volume, mais bien sur, être le meilleur possible, comme sur chacune de
mes courses. Et puis c'est une course du Trail Tour National. Et même si je ne suis pas
certain de pouvoir courir les 4 courses nécessaires pour être classé, ça me
permet d'être présent sur le circuit, justement après l'Eco Trail de Paris
qui en faisait également partie.

Connais-tu le Golfe du Morbihan ?

J'avais déjà couru à Vannes il y a deux ans. J'y avais terminé second, mais
après une gestion de course désastreuse. J'étais parti trop vite et j'avais
explosé en vol, laissant la victoire à Romuald De Paepe. Mais j'aimerais
bien l'accrocher cette fois ci !

Penses-tu avoir affaire à un parcours facile ?

Les souvenirs que j'en ai sont effectivement que c'est un parcours roulant.
Mais nous y avons des panoramas magnifiques sur le Golfe du Morbihan, et
c'est une autre vision du Trail que nous offre cette course.

Feras tu un repérage ?

Avec ma préparation axée principalement sur le dénivelé, je ne pense pas que
je ferais de repérage. Cette course me servira essentiellement de
préparation, mais je l'aborderais quand même le plus sérieusement possible.

Dans quelques années, te lanceras tu à la conquête du Grand Raid de 177 km ?

Ohhh oui ! Très certainement ! Les paysages sont uniques sur cette course,
et je crois que c'est un passage obligé. Il n'y a pas le dénivelé que l'on
rencontre sur les ultras les plus réputés que sont l'UTMB et la diagonale des
Fous à la Réunion, mais je pense qu'il mérite son nom au sein des grands Ultras.

J'ai eu l'occasion de voir plusieurs portions du parcours, et c'est vraiment quelque chose à faire je pense !