Stéphanie Gicquel, coureuse de l’extrême et gagnante du Grand Raid 177 km 2018

Tu es une coureuse de l’extrême, vois-tu des similitudes dans cette situation particulière ?

La situation de confinement que nous vivons actuellement est très différente de l’expérience d’isolement qu’on peut vivre lors d’une expédition engagée, en particulier dans les régions polaires où les conditions climatiques peuvent être extrêmes. Cela dit, dans les deux cas, ce changement d’environnement, ce changement d’habitudes implique un autre rapport au temps. Pour certains le temps passe trop vite, les journées qui s’allongent deviennent malgré tout trop courtes. Et pour d’autres le temps s’étire, sans fin. Quand je pars en expédition, je ressens aussi ce changement de rythme, en conservant toujours une discipline. Une manière de découper le temps pour avoir la sensation d’en garder un peu le contrôle.

Comment t’entraînes-tu actuellement ?

Je n’ai pas encore entamé ma préparation spécifique pour le Grand Raid du Morbihan. L’année dernière, j’avais commencé à augmenter la durée des sorties longues à partir du mois de mai. Lorsque les mesures de confinement ont été annoncées, je venais tout juste de terminer un cycle d’entraînement pour l’Ecotrail de Paris qui devait avoir lieu le 14 mars et qui a finalement été reporté au mois d’octobre, comme d’autres compétitions auxquelles j’avais prévu de participer. Depuis, j’ai fait quelques footings d’une heure à allure modérée ou en allure variée, au feeling, et du renforcement musculaire. J’ajoute parfois un circuit de cardio-training que j’organise avec le matériel dont je dispose. J’ai aussi en tête les prochains Championnats d’Europe d’ultra-fond avec l’équipe de France d’athlétisme qui sont programmés au mois de septembre. Je commence à réfléchir avec mon entraîneur à un plan d’entraînement pour améliorer la performance que j’ai réalisée lors des derniers Championnats du Monde (240,6 km), un plan que nous adapterons en fonction de l’évolution de la situation. A court terme, j’essaie surtout de me maintenir en forme et j’en profite pour avancer sur mes autres activités professionnelles. Sans oublier que la récupération est aussi une phase importante de l’entraînement, une manière de découper le temps, pour avoir la sensation d’en garder un peu le contrôle.

Que conseilles-tu, en terme de préparation mentale, dans le cas du maintien de l’UM 2020 ?

La situation actuelle nous rappelle la chance que nous avons de pouvoir pratiquer notre sport et de pouvoir prendre le départ de trails magnifiques, en particulier autour du Golfe du Morbihan, lorsque les conditions le permettent. L’émotion ressentie lors des prochains départs sera encore plus forte. Il peut être difficile de se préparer pour une compétition sans savoir si elle sera maintenue. Même lorsqu’une course n’est pas maintenue, un bon entraînement est toujours bénéfique, peut être encore plus bénéfique d’ailleurs lorsqu’il est effectué dans des conditions difficiles. Le corps a une certaine mémoire et le mental peut en tirer une force supplémentaire.

Propos recueillis par Bertrand Riguidel

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